Choisir une GMAO n'est pas un exercice de comparaison de cases à cocher. C'est une décision sur comment l'information va circuler dans une usine où les gens n'ont pas le temps d'apprendre un nouvel outil.
Voici les critères qui séparent un logiciel qu'on paie d'un logiciel qu'on utilise.
1. Le point d'entrée terrain
Posez une seule question au vendeur : comment un opérateur signale-t-il une panne devant la machine ?
Si la réponse implique un compte, un mot de passe et plusieurs écrans, vous saurez déjà comment se terminera le projet. Les techniciens finiront par saisir le vendredi après-midi. Les opérateurs ne saisiront jamais.
Un bon point d'entrée tient en trois gestes : identifier l'équipement (QR code ou liste courte), décrire le problème, envoyer. Trente secondes, sans compte. Le reste du logiciel peut être riche — mais si la porte d'entrée est fermée, personne n'ira plus loin.
2. La tarification : utilisateur ou entreprise
Au Maroc, une équipe de maintenance compte souvent plus de personnes qui constatent que de personnes qui réparent : opérateurs, chefs d'équipe, sous-traitants, magasinier.
Un abonnement par utilisateur pousse mécaniquement à limiter les accès. Résultat : comptes partagés, historique faussé, traçabilité perdue. Vous payez pour un système d'enregistrement et vous obtenez un carnet collectif.
Privilégiez un forfait entreprise avec une entrée sans compte pour le signalement. Le coût réel se lit dans le nombre de personnes qui peuvent participer sans faire monter la facture.
3. Langue, support et fuseau horaire
Une GMAO vit dans les détails : libellés de tâches, notifications, rapports pour la direction. Si l'interface est uniquement en anglais et le support répond à 9 h heure de Paris, ce n'est pas le même produit qu'un outil bilingue avec un interlocuteur joignable pendant votre poste.
Demandez une démo en français et une démo avec un scénario de panne réel, pas une visite guidée du menu.
4. Où sont les données
Pour une usine marocaine, la question n'est pas théorique. Où sont hébergées les fiches machines, les historiques d'intervention, les photos de pannes ?
Une réponse vague (« cloud sécurisé ») mérite un complément : pays, sous-traitant, possibilité d'export. Vous achetez une mémoire industrielle — son emplacement compte.
5. Ce qu'il faut tester en démo
Ne validez pas sur une présentation. Testez ces cinq scénarios :
- Un opérateur signale une panne sans compte.
- Un responsable transforme la demande en ordre de travail et l'assigne.
- Un technicien clôture l'intervention avec pièces consommées.
- Vous retrouvez l'historique sur la machine six mois plus tard.
- Un plan préventif génère un ordre de travail à l'échéance.
Si l'un de ces cinq points est laborieux, c'est là que le projet bloquera — pas sur la fonctionnalité que vous n'utiliserez jamais.
6. La migration depuis Excel
Presque toutes les équipes arrivent avec un tableur. Le bon éditeur doit assumer la reprise : parc machines, pièces courantes, historique utile — sans vous demander de tout ressaisir à la main.
Le tableur n'est pas ridicule. Il a tenu le parc pendant des années. La GMAO doit reprendre ce travail, pas le nier.
En résumé
| Critère | Question à poser |
|---|---|
| Adoption | Comment signale-t-on une panne sans formation ? |
| Tarif | Le prix change-t-il quand l'équipe grandit ? |
| Langue | Interface et support en français ? |
| Données | Hébergement au Maroc ou export possible ? |
| Migration | Reprise du parc et de l'historique incluse ? |
Une GMAO se choisit moins sur la liste des fonctionnalités que sur la probabilité que vos techniciens l'ouvrent lundi matin — parce que c'est plus simple que de ne rien faire.